Accessibilité et communication : un guide pratique pour appliquer la méthode FALC dans vos projets

1. Les bases : ce que dit le référentiel FALC
Avant de se lancer, il est essentiel de connaître le cadre. Voici les grands principes validés par le réseau européen, ceux qui feront de vos documents des vrais supports FALC.
- Langage simple et clair : mots du quotidien, éviter le jargon, expliquer les termes complexes.
- Syntaxe accessible : phrases courtes, sujet-verbe-complément, une idée par phrase.
- Structure logique : l’information doit être organisée dans un ordre cohérent, progressif.
- Mise en page adaptée : police lisible (sans empattement, taille confortable), alignement à gauche, interlignes suffisants, blocs de texte espacés, éviter les colonnes serrées.
- Supports visuels pertinents : pictogrammes, images explicatives, exemples concrets, jamais décoratifs, toujours utiles.
- Validation par les publics concernés : un document n’est pas “FALC” tant qu’il n’a pas été relu et validé par des personnes concernées, notamment des personnes en situation de handicap intellectuel.
Ces principes constituent la check-list minimum, ce qui permet de savoir si un document est vraisemblablement FALC ou non.
2. Étapes opérationnelles pour produire un document FALC
Voici comment vos équipes peuvent intégrer le FALC dans un processus projet, que ce soit pour une brochure, un courrier, une notice, un site web, un formulaire, une infographie, etc.
Étape 1, Identifier les supports “à enjeux”
Ne transformez pas tout : concentrez-vous sur ce qui compte. Par exemple :
- un courrier de décision administrative,
- une convocation,
- un formulaire à remplir,
- une information liée à la santé ou à la sécurité,
- un guide d’accueil ou un mode d’emploi,
- une procédure complexe, un règlement, une charte.
Ce sont ces supports qui, mal compris, génèrent des erreurs, des refus, des incompréhensions, des appels, des abandons.
Étape 2, Clarifier l’objectif du document
Avant d’écrire, définissez ce que le lecteur doit comprendre et pouvoir faire après lecture :
- quel est le message principal ?
- quelle action ou décision est attendue ?
- quels sont les risques en cas de non compréhension ?
Cette clarté préalable réduit les allers-retours internes et les ambiguïtés.
Étape 3, Rédiger selon les principes FALC
Travaillez phrase par phrase :
- préférez un vocabulaire courant,
- utilisez des phrases simples, courtes, directes, actives, positives,
- évitez jargon, abréviations, formulations complexes, tournures passives, doubles négations, métaphores, euphémismes, notes de bas de page, etc.
Si un mot est indispensable et technique, expliquez-le immédiatement.
Étape 4, Mettre en page pour la lisibilité
Donnez au document une forme visuelle qui accompagne la lecture :
- police sans empattement, taille lisible (idéalement ≥ 14 pts), alignement à gauche, interligne confortable.
- paragraphes courts, blocs espacés, titres explicites, repères visuels clairs, pictogrammes ou illustrations utiles lorsque cela aide.
Étape 5, Faire relire / tester avec des personnes concernées
Faites relire le document à des personnes représentant le public visé, personnes en situation de handicap intellectuel, usagers précaires, seniors, etc.
Posez des questions simples : “Qu’avez-vous compris ?”, “Qu’est-ce qui vous paraît flou ?”, “Seriez-vous capable d’agir seul(e) après avoir lu ?”
Le test utilisateur est la condition sine qua non pour valider un document FALC.
3. Exemples concrets d’applications réussies
Pour rendre le propos plus tangible, voici quelques cas réels (ou inspirés), et ce qu’ils permettent d’atteindre.
Exemple A, Un guide de visite en FALC pour un musée / un site culturel
Un musée souhaitait rendre son offre accessible à des publics variés. Il a produit un guide de visite “FALC” : plan clair, pictogrammes, consignes simples, explications de termes techniques, repères temporels. Résultat : des visiteurs plus sereins, moins de demandes d’aide, une meilleure inclusion, et une image renforcée d’institution accueillante.
Exemple B, Une notice santé ou pré-opératoire rédigée en FALC
Un établissement hospitalier a retravaillé une notice d’information pré-opératoire en version FALC. À la clef : réduction des erreurs d’application des consignes, plus de sérénité pour les patients, un meilleur respect des protocoles, et des échanges plus rapides.
Exemple C, Un courrier ou une convocation d’administration ou de service social
Un organisme social ou une collectivité décide de proposer une version FALC de ses courriers de notification de droits, de convocations ou de décisions. Cela réduit les incompréhensions, les renoncements, les appels au service support, et assure que l’information essentielle est bien reçue et comprise.
4. Pourquoi ces démarches fonctionnent, les bénéfices concrets
Quand un projet intègre sérieusement le FALC :
- les publics concernés gagnent en autonomie ;
- les erreurs, les abandons, les incompréhensions diminuent ;
- le travail des équipes d’accueil et de suivi s’allège (moins d’appels, moins de relances) ;
- la relation avec les usagers ou les clients s’améliore, renforçant la confiance ;
- l’organisation montre concrètement son engagement à l’inclusion et à l’accessibilité, un signal fort pour sa réputation.
Ce n’est pas un “plus”, c’est un levier d’efficacité.
5. Les outils utiles et les ressources à mobiliser
Voici quelques références incontournables pour aller plus loin :
- le guide officiel Inclusion Europe, “Information for All / Règles européennes pour une information facile à lire et à comprendre” : le référentiel de base.
- la version française publiée par UNAPEI avec la check-list et la liste d’auto-évaluation.
- des services spécialisés (traduction, relecture, formation) comme FALC.be ou des associations locales, utile si vous ne souhaitez pas internaliser la démarche.
- des exemples concrets de supports déjà publiés (guides, fiches santé, documents institutionnels) accessibles en ligne, pour vous inspirer.
Ces ressources permettent de structurer votre démarche, d’outiller vos équipes, voire d’externaliser certaines étapes.
6. Comment démarrer en tant qu’agence ou structure : un plan d’action simple
- Audit interne, repérer les documents sensibles (courriers, formulaires, procédures, notices…).
- Atelier de cadrage éditorial, avec les responsables métier, juridique, communication : définir l’objectif de chaque document, ce que doit savoir ou faire le lecteur.
- Rédaction pilote, choisir un ou deux supports prioritaires, les retravailler selon les règles FALC, en gardant le fond.
- Test utilisateur, faire relire les versions FALC par des personnes concernées, recueillir leurs retours, ajuster.
- Production & diffusion, intégrer le document FALC dans vos canaux, mentionner l’existence de la version accessible, communiquer autour de cette démarche.
- Capitalisation, documenter la démarche, créer des gabarits ou des “templates FALC”, former les équipes à l’écriture et à la mise en page FALC.
Ce plan simple permet d’intégrer le FALC sans bouleversement, en commençant par l’essentiel.
En conclusion : le FALC n’est pas un luxe, c’est un service efficace
Appliquer la méthode FALC dans vos projets de communication, ce n’est pas “faire joli”.
C’est offrir un service de compréhension.
C’est adresser un besoin invisible mais massif : celui de la clarté pour tou·te·s.
C’est réduire les frictions, améliorer l’autonomie, renforcer la confiance, et, en pratique, faire mieux ce qu’on fait déjà.
Ce guide vous donne les clés. La vraie question maintenant : jusqu’où êtes-vous prêts à aller pour que votre communication ne soit plus seulement vue, mais véritablement comprise ?
vous ne demandez plus à vos publics de faire seuls le travail de clarté que vous n’avez pas fait en amont.